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Message de Yaté du 23 Avril 2006

J’ai ici la possibilité de vous transmettre ce message à vous tous qui donnez une raison d’être à ce forum et à ce site. Je lis plusieurs niveaux de préoccupations dans les réactions et dans le débat. Il y a d’abord ce qui touche à ma personne ou ma personnalité. Je voudrais évacuer tout de suite les questions stériles. Je suis un individu normal, avec une femme et 6 enfants dont 4 sont encore aux études et à l’école. J’ai des petits enfants que je vois de plus en plus rarement. J’avais un emploi, il y a un mois ! Cette situation est celui de tout un chacun à Yaté et tous ceux qui ont accepté de participer au comité ont choisi cette fois-ci d’agir en connaissance de cause. C’est vrai que ce qui me différencie des autres, c’est mon parcours politique qui fait que j’ai toujours choisi l’option de mes idées et de mes analyses au détriment peut-être du reste. Quoique dans l’affaire Goro Nickel, il y a une logique implacable qui nous a amené là où nous sommes aujourd’hui. Cette logique est la résultante d’une pensée Kanak ou d’une dialectique de pensée que nous avons épousé sans coup férir, sans se poser de questions depuis le 14 juillet 2002 date de la plantation du bois tabou sous l’autorité de feu Grand chef ATTITI chef des cérémonies. Je ne sais pas si vous réussirez tous à me suivre, mais c’est simple et complexe à la fois. Complexe quand on se situe par rapport à ses propres acquis politiques, intellectuels. Simple quand on a pour cadre l’expression d’une culture et d’une société millénaire. Il a bien fallu resituer le « moi » dans le « nous culturel ».


Tel est le point de départ, de cette détermination : le Bois tabou ou GÔÖ Vare kan et la parole attachée ensemble par les chefferies du Sud et du pays. Cette parole « regarde, veille et protège notre environnement », certains ont été chargés de le porter et de le défendre avec leurs connaissances, leurs « sciences »…Nous en faisons partie. Cette parole c’est également une démarche coutumière, un protocole qui doit être suivi : Il y a une cérémonie d’ouverture et une cérémonie de clôture. La première, c’est la plantation du bois. La deuxième c’est la clôture qui n’est pas encore intervenue car pour ce faire, il faut un projet Goro Nickel viable sur le plan environnemental et respectueux des droits autochtones. Beaucoup de gens politiques du FLNKS étaient présents lors de ces cérémonies. Je me demande s’ils ont compris la profonde signification des cérémonies. Car en admettant que par l’entremise de la mairie de Yaté, de la province Nord et de la Province Iles tous deux actionnaires du projet, ils auraient eu des garanties valides capables de lever les doutes – qui peut se permettre de ne pas avoir des doutes connaissant l’histoire minière et industrielle de ce pays et ce qui se passe dans le monde…AZF etc...- pourquoi personne ne nous a proposé des communications et pourquoi les présidents des provinces Nord et Iles n’ont jamais répondu aux sollicitations de rencontres ou aux lettres ouvertes adressées en octobre 2004 et en octobre 2005 ? Le résultat, c’est que les doutes sont restés entiers et la parole kanak attachée en 2002 est restée la même.


De l’autre côté, malgré un travail assidu (2 réunions par semaines en 2002, 2003, 2004, 2005), des déplacements au Canada, l’on se rendait compte que plus on approfondissait le sujet, moins les choses étaient claires et que le doute devenait une certitude négative. Le monsieur qui dit s’être proposé en 2003, pour être le scientifique de Rhéébù Nùù, il a sûrement raison, mais avec quoi on l’aurait payé. Parce que tout ce qu’on a fait reste du bénévolat. Un peu avant sa venue, nous avions réussi à commander un travail à deux experts, le premier sur les questions environnementales, le deuxième sur l’impact social et culturel. Leurs rapports indépendants sur un cahier des charges arrêtés avec Rhéébù Nùù seront ensuite payés par Inco qui profitera de l’occasion pour les embaucher directement. Les deux rapports ne seront jamais cités dans les références Goro nickel.


Le rapport de Pierre Bois d’Henghien sera capital pour nous dans la compréhension du projet sur le plan environnemental. Il sera le premier à soulever la question du manganèse, de sa toxicité pour la santé humaine, la question de sécurité avec la présence des failles sismiques dans le sud alors que l’étude d’impact d’Inco parle des conséquences des activités volcaniques du Vanuatu, la question du re largage des métaux lourds dans la nature, des rejets atmosphériques, des études d’impacts bâclées…

En fin 2002, nous aurons la visite de l’INERIS avec qui nous n’avons jamais eu de tête à tête et qui n’a pas hésité à dire que l’eau du tuyau est buvable. Notre positionnement en ce qui concerne ce tuyau sera dès lors clair : il faut le retraitement de l’eau polluée. Il faut rappeler qu’Ineris a rendu son avis sur la base d’un cahier des charges rédigées par Inco. Et on ne lui a jamais posé la question de savoir : pensez-vous que le re largage de 25 métaux lourds dans l’havanah sera sans conséquence écologique pour le biotope marin des baies de Kwè, de Prony, de Boulari, de la réserve Merlet et de Goro ? La question n’a jamais été posée et la seule réponse qu’Ineris aurait pu donner est « faîtes d’abord l’étude de courantologie, bathymétrique ». Parce que l’on a dit beaucoup de choses sur le sérieux scientifique du projet, mais tout ce qui est programmé pour les trois ans à venir auraient normalement du être fait depuis 1999 pour servir à l’étude des impacts. Ineris : nous a rencontré une seule fois.

Il est évident qu’en 2003 et durant la période d’arrêt du projet, nous sommes intervenus à chaque fois par courrier et dans les rencontres pour remettre à plat le dossier environnemental, y compris avec la relance de l’usine pilote pour de nouveaux tests sur les normes de rejets. Jamais on ne nous écoutera, mais récemment la province sud et Inco envisageaient de relancer l’usine pilote pour former les opérateurs.

Début 2004, les préoccupations restèrent les mêmes alors qu’arrivait la campagne électorale pour les provinciales. Là aussi, on nous a reproché d’avoir empêcher l’élection d’un élu FLNKS en province Sud. Mais l’élu en question est aussi Maire de Yaté et que fait il aujourd’hui ? Il a donné tout les pouvoirs de voirie à la Province Sud et se contente d’accompagner la PS dans ce projet. Juin 2004, installation de Gomes à la province Sud et là tout va aller très vite. Juillet, visite médiatisée à Brisbane et prise de position ferme pour relancer le projet tel qu’il est. Août, rencontre de Rhéébù Nùù et des promesses écrites sont faîtes à Rhéébù Nùù pour que le comité participe à la commission environnementale de la province Sud. Promesses non tenues.

Février 2005, mobilisation sur le site de Goro Nickel pour faire avancer les deux revendications, environnementales et fonds patrimoine. En mars, discussion enfin sur une proposition de la PS sur le cahier des charges de la contre expertise environnementale. Rejeté par Rhéébù Nùù car il est encore une fois proposé de positionner la contre expertise en appuis scientifique du projet et des propositions Goro nickel. A la réunion d’avril 2005, le comité fera inscrire le point capital du rejet des métaux lourds en mer et réussira à obtenir de Philipe Gomes un engagement pour que le Cereges fournisse un premier rapport basé sur une étude bibliographique de l’expertise acquise au niveau internationale sur la question. Inco, repoussera les échéances jusqu’en novembre 2005 et les experts arriveront pour la réunion du 26 novembre de la commission provinciale. A cette réunion, contrairement à ce qu’avance la PS, il n’y aura pas présentation d’un premier rapport. La seule présentation faîte par les experts aura été de dire comment ils envisageaient de mener leurs opérations. La seule remarque faîte viendra de Rhéébù N. : il ne faut transformer la contre expertise en appui scientifique de l’IRD chargé de l’étude scientifique et pourquoi R .N. n’est pas membre du comité de pilotage de ce travail. Pas de réponse de la PS. Il est de notoriété publique que R.N. considère le premier rapport de la contre expertise prévu pour juillet 2005 comme capital dans sa démarche de clarification et de repositionnement du principe de précaution. Or à ce jour on ne parle plus du rapport exigé par R.N. et certains parlent de la rencontre avec le Cereges pour le 27 avril ou du rapport pour octobre prochain. Sachant cela, pourquoi P.Gomes n’a pas tenu ces engagements ? Il en est de même du recours au Tribunal administratif où nous avons déposé un recours en demande d’annulation de l’arrêté ICPE, en janvier 2005. Tout le monde sait que l’arrêté est obsolète dès sa publication, que l’enquête publique de Juillet 2005 a été menée sur un projet obsolète…Suivant le protocole prévu par la réglementation ICPE, des procédures et enquêtes doivent être suivis pour réactualiser. Or depuis octobre 2005, les services provinciaux travaillent dans leurs sombres cabinets pour corriger l’arrêté et Goro Nickel vient de déposer « les porter à connaissances ».Le jugement devait intervenir après le 1er Août 2005, renvoyé ensuite pour décembre 2005 et là renvoyé pour juin/juillet 2006. Conclusions : le jugement du TA interviendra quand les services provinciaux auront « gommés » tous les arguments présentés par l’avocat de Rhéébù Nùù.


Depuis 2002, ayant adopté une dialectique de raisonnement kanake, notre approche est des plus simples :

1er le postulat de base est : le rejet en mer de 3 à 5000t/ par an de 25 métaux lourds polluent et auront des conséquences sur le milieu marin et la santé publique qui ne seront visibles qu’au bout de 15 ans. Que fait-on pour empêcher cette catastrophe prévisible ? Où alors comment faire pour l’éviter en apportant toute les garanties ? quid du principe de précaution et quel est la compatibilité de l’objectif environnement garantie et l’objectif de l’Inco en coût de revient pour son « économiquement viable » ?
Deuxièmement, Il en est de même pour les 15 dérogations accordées à ce projet par Philippe Gomes.

br/> Toujours dans la logique de la pensée kanak, que pouvions-nous faire : nous résigner à voir construire l’usine sans que nous n’ayons levé l’interdiction que porte le « Bois tabou » ? En sachant que pour lever cet interdit, nous devons être convaincu et apporter des garanties !


Notre logique a d’abord été avant tout celle là et le reste est une affaire technique. Le choix des moyens est critiqué par beaucoup sur ce forum, mais en avions nous le choix, nous qui crions dans le dessert depuis 2002 ? Et la violence que nous avons utilisé, n’est elle pas finalement minime car palpable contrairement à la violence du système de domination qui cède notre patrimoine naturel gratuitement et qui autorise sans autoriser Inco à détruire 1000 ha alors qu’il en a besoin que de 500 ha etc…


Les conséquences des actions de Rhéébù Nùù : en aucun cas, ces actions ne peuvent remettrent en cause un développement durable en NC, bien au contraire ! Nous avons un mot d’ordre dans R.N. « 3 mois ou plus de mobilisation pour 2 siècles d’exploitation à 100 000 tonnes ». Nous valons bien cela ! Faire les choses bien et obliger un industriel à bien faire surtout quand le pays lui a apporté le gisement le plus fabuleux et le plus favorable naturellement.


Il n’ y a pas plus de calcul ni de volonté de suicides dans nos rangs. Nous portons et défendons une parole. Le reste ne compte plus, à partir du moment où nous avons décidé de franchir « la ligne jaune » du système. Plus personne d’entre nous ne rêve sur une hypothétique réaction d’un tel ou d’un tel, surtout avec des jeunes kanak qui ont goutté au confort de l’esprit et du corps et avec des caldoches qui n’ont pas encore dépassé le complexe du colon qui a …Pour ce combat nous avons décidé de ne plus renvoyer à plus tard, ce que nous devons faire maintenant. Irresponsable diront certains ! Tout simplement nous appliquons une logique implacable en faisant confiance en la justice de l’univers !


Beaucoup parlent de stratégie ou de parcours sinueux. Qu’ils sachent que dans la vie, il y a ceux qui font ni…ni (en général les technocrates et intellectuels), il y a ceux qui sont bornés dans un sens ou dans l’autre et parfois par horreur de l’inconnu ou du vide. Et il y a la logique des paysans ou des gens de la basse à laquelle on pourra nous raccrocher.


Quelle sagesse pour demain ?
La seule reposerait sur un véritable état de droit ! Nous en sommes loin ! Il faut aller plus vite dans la mise en place des lois qui permettent à chacun de s’exprimer et mettent des gardes fous aux ingérences des multinationales. Il faut en finir avec l’histoire coloniale en adoptant sous forme de lois les droits autochtones, pour que la jeunesse kanak puisse s’appuyer sur un socle solide et envisager d’aller vers les caldoches et les autres pour construire la nouvelle citoyenneté. Chaque année perdue, c’est encore une génération volée excepté les 1000 diplômés par an.
L’Etat de droit= force de l’ordre, c’est du colonial que l’on croyait avoir dépassé.


Ces réflexions sont faîtes pour éclairer sur ce que nous faisons. Nous faisons tout pour éviter qu’il y ait des dérapages à notre niveau. Mais la logique du système de répression est aussi implacable et pousse des gens qui luttent juste sur les contours de la ligne jaune comme nous, à la faute.


La seule possibilité de sortir par le haut, c’est que les gens se mobilisent ensemble autour du Caugern par exemple. Seul le peuple détient le pouvoir de faire reculer le système. Nous avons donné l’opportunité à la jeunesse qui n’a pas fait les évènements de 84/88 de s’affirmer sur cette question du droit à avoir un environnement sain et protégé. C’est à eux de saisir ce combat et d’y participer d’une manière construite et organisée, car Rhéébù Nùù a fait le plus dure. Si nous gagnons ce combat, alors nous n’aurons pas peur des multinationales et c’est le pays qui gagnera. Mais si nous perdons, ce sont les militants Rhéébù Nùù qui prendront un sérieux coup de répression « dans la gueule » mais l’avenir d’une génération ou de deux sera sacrifié et surtout nous ne maîtriserons plus rien après.

Une sortie par le haut est possible autour d’une vraie négociation sur les deux points de revendications : La mise à plat du dossier environnemental et la mise en place du fonds patrimoine.

Bonne lecture et commentaires, en espérant encore que je puisse encore vous lire prochainement.

Pour les plus courageux, passez de l’écriture aux actes, c’est bon pour le moral et aussi pour le pays.


Je signe de loin : R.M.

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