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Journal "Les Infos" (25-11-2006)
Goro Nickel est bien remis en causeQuestions pour des recommandationsLes experts du CEREGE ont reconnu que « le rejet de manganèse dans un écosystème n'est pas anodin pour le milieu marin ». Pas anodin, cela signifie, selon Le Larousse, que ce n'est pas inoffensif, pas sans importance et pas insignifiant. En clair, ce rejet est considéré comme dangereux. En ce qui concerne le rejet d'un effluent contenant 100 mg/L de manganèse dans le canal de la Havannah, les experts recommandent de ne pas autoriser un taux supérieur à 10 mg/L, alors qu'une récente décision du Tribunal administratif a bien mis en exergue que la norme mondiale était de 1 mg/L et que la Nouvelle-Calédonie devait s'y plier. Les experts affirment qu'il n'y a « pas de risque avéré lié à la prise de nourriture lorsqu'on mange des poissons, des crustacés ou des mollusques provenant d'une eau de mer enrichie en manganèse ». Ce n'est pas l'avis de tout le monde et d'autres études semblent démontrer le contraire. Des recommandations et un jugememt posent un sérieux coup à l'usine du SudPrésenté à Nouméa, la contre-expertise du CEREGE a confirmé que le rejet en mer de Goro Nickel n'était pas 'anodin'. Et qu'il engendrait donc des risques. A Paris, le Tribunal de grande instance a interdit à l'industriel de poursuivre les travaux sur le site de stockage des résidus. Ces deux sentences assombrissent sérieusement l'avenir de Goro Nickel, tel qu'il était prévu initialement, et imposent de nouvelles règles. Constats... Le hasard des calendriers a mal fait les choses. Il aurait mieux falu, en effet, que Roger Agnelli, le big boss de CVRD, repreneur d'Inco, fasse un détour par la Nouvelle-Calédonie après la présentation des conclusions des experts du CEREGE et après le jugement du Tribunal de grande instance de Paris. Si tel avait été le cas, le PDG de la multinationale brésilienne aurait peut-être été obligé, face à certaines évidences, de tenir des propos moins rassurants et plus lucides sur l'état réel de son projet. Malheureusement, cette contreexpertise et cette décision judiciaire sont survenues une grosse semaine après le premier déplacement de M. Agnelli. Malgré tout, le rapport des experts du CERE GE doit déjà être analysé par CVRD qui se retrouve, peu après son OPA sur Inco, directement plongé dans les affaires de l'usine du Sud. Sans surprise, cette contre-expertise met bien en exergue les dangers résultant du rejet de l'effluent dans le canal de la Havannah. Mais ce n'est pas tout, le stockage des résidus à terre est également soumis à une certaine méfiance et une nécessaire vigilance. Une défiance accrue par la décision du Tribunal de grande instance de Paris qui a interdit la poursuite des travaux sur le site de stockage de ces résidus épaissis. VERS DE NOUVELLES ÉTUDES En résumé, Goro Nickel ne peut plus se construire tel que Inco, et aujourd'hui CVRD, l'avait envisagé. Et cela va forcément contraindre l'opérateur a porté un nouveau regard sur son projet. On parle d'ores et déjà de nouvelles études pour examiner ces recommandations du CEREGE et en calculer les coûts. Bien avant l'officialisation de ces résultats, les dirigeants de Goro Nickel avaient toujours martelé qu'une augmentation des dépenses, justement en raison de critères environnementaux plus sévères et drastiques, pourraient les obliger à revoir complètement leur copie. Donc à réfléchir aux suites à donner à leur projet calédonien. Comme dans le même temps, la Province sud s'est engagée à tenir compte de cette contre-expertise, il faut croire que l'usine du Sud va rentrer dans un nouveau cycle et que sa construction va dépendre plus que jamais des nouveaux calculs confiés à CVRD. Et si, de ce fait, le projet n'est plus rentable, il y a fort à parier qu'il sera mis en sommeil, en attendant des jours meilleurs et des perspectives plus attractives. Sans en avoir l'air, cette journée du mardi 21 novembre vient de sérieuse-ment limiter la marge de manœuvre de Goro Nickel. Et maintenant?Tout ce que certains dénoncent depuis de très longs mois, il n'aura finalement fallu qu'une journée, le mardi 21 novembre, pour le résumer et en atteste. Oui, comme l'ont souligné à maintes reprises, le comité Rheebu Nuu et le CAUGERN, le projet de Goro Nickel doit être remis à plat. cette semaine, les experts du CEREGE et le Tribunal de grande instance de Paris n'ont pas dit autre chose. Bien au contraire, ils ont stigmatisé, chacun à leur façon, les dérapages incontrôlés d'un rejet en mer pernicieux et dangereux, et d'un stockage des résidus au sol pour le moins problématique. Maintenant, la balle est dans le comp de CVRD, le repreneur d'Inco. Contrairement aux Canadiens, sûrs de leur fait et prêts à tout pour passer en force durant de longues semaines, la multinationale brésilienne ne va pas pouvoir faire l'économie d'une nouvelle réflexion sur ce dossier En effet, si Inco avait profité d'un certain vide médiatique concernant les réels impacts de Goro Nickel, CVRD ne peut plus occulter les évidences, désormais mise au grand jour et reconnues. Pour une fois, tous les médias en ont parlés, alors que nous pouvions nous sentir bien seuls, depuis des mois, dans cette quête récurrente d'une information réaliste et objective. Désormais, tout le monde est au diapason. Bien moins reluisant... Thierry Squillario |