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Journal "Les Infos" (1-12-2006)
Comment peut-on poursuivre un projet qui doit bien changer?Goro Nickel et la Province sud font comme si de rien n'était. Les conclusions des experts du CEREGE et la décision du Tribunal de grande instance de Paris ne suffisent visiblement pas pour enraver le bel optimisme d'un opérateur et d'une collectivité. Erreurs... C'est un peu comme si le 21 novembre 2006 n'avait pas existé. Rayé du calendrier, sorti des esprits. Un jour sans pour Goro Nickel et la Province sud. Néanmoins, un jour important pour tous les Calédoniens qui ont pu prendre enfin la mesure des réels impacts de cette usine du Sud sur leur environnement. Et si tout le monde a bien compris que ce projet ne peut plus désormais se construire comme il était prévu initialement, il reste une grosse poignée d'irréductibles, tant chez Goro Nickel que dans les rangs de la Province sud, pour noyer le « poison » et continuer comme si tout allait pour le mieux. TOUJOURS DOMINÉ PAR PRONY ENERGIES Ces preux chevaliers n'ont même pas hésité à brandir l'étendard des risques graves causés par un arrêt du chantier. Il paraît même que l'économie calédonienne ne s'en remettrait pas. Peut-être... Toujours est-il que ce chantier est toujours, pour l'heure, dominé par Prony Energies qui concentre la majeure partie des employés. Toujours est-il que l'on voit mal comment une multinationale comme CVRD pourrait continuer à construire une usine dont tout le monde sait pertinemment qu'elle va être appelée à connaître des évolutions majeures qui peuvent même remettre en cause sa rentabilité. Qui peut croire aujourd'hui qu'une société de cette trempe peut prendre un tel risque, même si elle a déjà dépensé quelques milliards de francs sur le site ? Plus grand monde. C'est un peu comme si Renault continuait à construire un véhicule alors que les règles lui imposent d'en concocter une autre. DANS LE DOUTE ET DANS LE TROUBLE Malgré les propos rassurants entendus ici et là, de plus en plus rares, il ne faut plus se leurrer. CVRD est déjà en train de prendre en compte les nouvelles données de cette usine du Sud et s'il s'avère que les recommandations des uns et les décisions des autres mettent en péril le projet, la multinationale brésilienne n'hésitera sûrement pas à jouer la carte de la mise en sommeil. En attendant des jours meilleurs. Par ailleurs, avec son image plus propre que celle d'Inco, elle aura bien du mal à contester les évidences et tenter de passer en force comme le souhaitait auparavant les Canadiens. Il est également permis de douter que CVRD veuille se fâcher avec des opposants au projet, plus convaincus que jamais du bien-fondé de leurs craintes et de leurs réticences. Même si Goro Nickel et la Province sud se refusent encore à l'accepter et à le reconnaître, cette journée du 21 novembre 2006 a bel et bien existé. Elle a même remis les pendules à l'heure, médiatiquement parlant, en confortant le camp des opposants, trop souvent réduit au rôle de l'empêcheur dc construire en rond par le passé. L'usine du Sud est plus que jamais dans le doute. Et dans le trouble... Goro Nickel veut rassurer Comme à son habitude, Laurent Chatenay est monté au créneau, sur RFO, pour entretenir les illusions et minimiser au possible les répercussions des recommandations des experts du CEREGE et de la décision du Tribunal de grande instance de Paris. L'objectif était donc de rassurer son monde et de bien faire peur en mettant en exergue les risques d'un arrêt du chantier pour l'économie calédonienne. Comme si cet aspect devait primer sur tous les autres. En apparence, Goro Nickel ne semble donc guère affecté par les obstacles qui s'amoncellent désormais autour de son chantier. Cependant, la réalité est tout autre. Au plus haut niveau, chacun sait très bien que cette fin d'année marque un tournant pour l'usine du Sud et que les grandes décisions seront prises au début de 2007. En fonction des nombreux paramètres à revoir. Et il n'est pas sûr que Laurent Chatenay sera encore là pour en parler. Thierry Squillario |