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Rheebu Nuu joue l’ouverture

Les doléances de Rheebu Nuu vis-à-vis de Goro Nickel n’ont pas changé : protection de l’environnement, du lagon, des nappes phréatiques, meilleure association des populations riveraines au projet. Sauf qu’aujourd’hui, Raphaël Mapou et les siens considèrent qu’ils ont désormais un interlocuteur valable.

« Nous n’avons jamais été opposés à la négociation avec Goro Nickel. Aujourd’hui, nous constatons que le contexte est propice à cette discussion. En face de nous, nous avons un interlocuteur prêt à nous écouter. C’est ça la nouveauté. » Pour Raphaël Mapou et l’ensemble des représentants des associations environnementalistes réunis au sein de Rheebu Nuu, la donne a aujourd’hui changé depuis la nomination de Phil du Toit à la tête de Goro Nickel. « À notre demande, nous l’avions rencontré une première fois avant la venue en Calédonie de Roger Agnelli. Dès cette première entrevue, nous lui avions déjà affirmé notre volonté d’ouvrir des négociations », rappelle Raphaël Mapou, secrétaire général de Rheebu Nuu.

Négocier quoi ?

Les deux parties se sont retrouvées vendredi 9 mars dernier, au siège de Goro Nickel, où la volonté d’ouverture a de nouveau été affirmée.
Ce week-end, une trentaine de membres du collectif se sont réunis à la nouvelle tribu de Kwé Goro pour envisager les formes que pourrait prendre cette négociation. « Il s’agit de définir les modalités t les conditions de cette négociation, reprend Raphaël Mapou. Nous allons définir qui négocie, avec qui, sur quelles bases, et sous quelle égide. »

La question des rejets

Reste que le comité entend maintenir certaines positions de manière ferme. « Nous restons opposés à la mise en place du tuyau d’évacuation des effluents dans le canal de la Havannah, ajoute Raphaël Mapou. Nous continuons également à avoir des inquiétudes sur le stockage des résidus. Nous voulons avoir des garanties sur le comportement des métaux lourds sur la nappe phréatique, de même que sur l’utilisation des solvants pour laver les métaux. Enfin, il va falloir régler la question des rejets atmosphériques de Prony Energies, bien supérieurs aux normes. »

Echéances

Si la volonté de dialogue est clairement affichée, les points à aborder ne risquent pas de manquer. Pour les associations environnementalistes, la question globale est celle du classement du récif corallien au patrimoine mondial. « Le littoral est-il géré dans une optique de classement ou selon d’autres impératifs qui sont difficilement conciliables avec cette volonté de préservation de la ressource ? », se demandent les responsables associatifs.
Rheebu Nuu considère que la négociation est impérative et donc urgente dans un contexte qui ne peut que lui être favorable. « La proximité des élections joue en notre faveur, estime Raphaël Mapou. C’est l’occasion ou jamais de faire entendre notre cause au niveau national ou même au niveau international. Et nous ne voulons plus être considérés comme des boucs émissaires vis-à-vis de l’opinion locale. Nous ne sommes pas systématiquement opposés au développement conomique, nous voulons juste qu’il soit strictement encadré pour éviter de nous mener droit dans le mur de la catastrophe écologique. »
Une autre date du calendrier a été parfaitement intégrée par les membres de Rheebu Nuu : la fin du mois d’avril. « C’est la date à laquelle la nouvelle étude d’impact doit être déposée auprès des services de la province Sud », rappelle Raphaël Mapou. « C’est pour cela qu’il faut négocier maintenant. » Désormais, le temps presse.

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Rupture, violence, procès et rapprochement



En cinq ans, Rheebu Nuu est passé par tous les stades de la contestation. Depuis que Goro Nickel est sous contrôle brésilien, il y a de la souplesse et du dialogue dans l’air.

• Rheebu Nuu : la génèse
Ancien membre FCCI du gouvernement Frogier, Raphaël Mapou s’est pour la première fois fortement démarqué de ses alliés du RPCR en janvier 2001, déjà sur la question de Goro Nickel. Il s’agissait alors d’adopter une fiscalité plus avantageuse pour l’usine du Sud que pour celle du Nord. Et le membre FCCI du gouvernement s’y est opposé en menaçant de démissionner.
Dans la foulée, un comité de surveillance et de suivi s’est constitué, qui a pris en 2002 le nom de Rheebu Nuu. Le comité s’est d’abord farouchement opposé à l’attribution, par Jacques Lafleur, du massif minier de Prony à Goro Nickel et Inco.
Puis, en 2003, Raphaël Mapou et plusieurs coutumiers du Sud sont rentrés plus remontés que jamais d’un voyage à Toronto et dans le nord canadien. Là-bas, ils ont appris par des avocats spécialisés dans la défense des droits autochtones qu’Inco, maison mère de Goro Nickel, avait octroyé des dizaines de millions de dollars aux Inuits directement concernés par son chantier de Voisey’bay dans le Grand Nord. L’accord avait été tenu secret par Inco.

• Les coups de force
À partir de là, Raphaël Mapou et Rheebu Nuu n’ont eu de cesse d’obtenir la même chose pour les populations du Grand Sud calédonien. Et d’obtenir en outre des garanties environnementales que le premier projet Goro, interrompu en septembre 2002, était assez loin d’offrir.
En 2003 et 2004 , malgré diverses actions, le comité heebu Nuu et son leader étaient considérés comme quantité négligeable par les pouvoirs publics calédoniens et l’industriel canadien. Les coutumiers représentatifs et influents n’étaient pas dans leur camp, estimait-on alors.
Début 2005, le comité a surpris son monde en mobilisant plus d’une centaine de sympathisants pour des actions de blocage accompagnées de dégradations. Raphaël Mapou a fait salle comble lors de sa comparution, en avril 2004, devant le tribunal correctionnel.
S’ensuivront divers incendies d’engins ou dégradations de matériels.
En avril 2006, nouvelle action de force avec le renfort du Caugern, de l’USTKE, et des habitants de Saint-Louis, sur la route de la Madeleine. Pendant plusieurs jours, le chantier est à nouveau bloqué.

• Souplesse et rapprochement
L’intervention des forces de l’ordre fera couler de l’encre. Des coups de feu sont tirés, une voiture de fuyards blesse un gendarme. Personne n’est très fier de la tournure prise par les événements.
En août 2006, Rheebu Nuu annonce qu’il renonce aux actions violentes et qu’il mènera la bataille sur les terrains juridique et institutionnel. Il obtient en fin d’année, en référé à Paris, l’arrêt d’une partie du chantier. Décision que la cour d’appel de Paris a annulée le mois dernier. Le terrain juridique a lui aussi ses limites.
Mais, entre-temps, Inco est devenu brésilien. Englouti par le géant CVRD. La souplesse latino-américaine a remplacé la rigidité anglo saxonne. Les coutumiers du Sud, dont Roch Wamytan, reviennent très favorablement impressionnés d’un voyage au Brésil. CVRD a l’expérience des peuples premiers d’Amazonie. Son président, déjà venu deux fois en Calédonie, affirme sa volonté de travailler en étroite liaison avec les populations environnantes. Un nouveau directeur, Phil du Toit, prend la tête de Goro Nickel. L’homme a déjà négocié avec les Inuits. Il s’empresse de rencontrer Raphaël Mapou et annonce son intention de faire mieux, en matière d’environnement, que ne l’imposent les règlements.
Bref, le ton a changé chez Goro Nickel. Il était temps pour Rheebu Nuu de changer le sien.

Pierrick Châtel et Philippe Frédière


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